Voici, en écho à la réflexion de Marie sur le "voyage" celle d'une autre "étudiante voyageuse" Anne Alice (APBB). Elle vit depuis une dizaine de jours et pour un stage prévu de 6 mois, dans un village du Tamilnadu en Inde, prés de Krishnagiri. Une immersion totale au cœur d'une population rurale dont elle ne connait pas la langue et qui ne possède pas, dans sa grande majorité, les rudiments d'Anglais qui permettraient d'établir un début de conversation. Il faut alors puiser au fond de soi ses ressources de communication.
Quand tu marches dans le village, en tant qu’étranger, les indiens te regardent avec un drôle d’air et commentent ton physique et ton comportement, sans forcément te sourire. Ils semblent te juger négativement. Cet a-priori comporte sûrement une part de vérité. Pourtant, tous ceux qui sont venus me parler jusqu’ici l’ont fait avec gentillesse et avec de bonnes intentions. Le sens de l’accueil de mes voisins m’étonne. Faut-il préférer l’indifférence à la curiosité ?
Le voyage consiste à se débarrasser petit à petit de ses a-priori pour se laisser flotter dans l’ambiance du lieu. Il s’agit de faire progressivement tomber ses barrières (ce qui n’est pas sans danger, car elles sont là pour protéger à la fois notre sécurité et notre équilibre mental) pour presque tout remettre en question.
On peut chercher à trouver un juste milieu entre les écueils de la prévention du risque à l’occidentale et la fatalité du destin qui semble prévaloir dans de nombreux pays. Le voyageur peut alors se détacher des règles qui entravent l’individu dans sa société et bénéficier du fait qu’il n’a pas encore intériorisé celles de la communauté qui l’accueille (du moment qu’il ne dérange personne). Le but de cet équilibre est de pouvoir ressentir ce qu’il nous est impossible de ressentir chez nous dans des conditions normales à cause de nos conditionnements mentaux.
Il est difficile de définir ce « quelque chose ». Certains parlent de « sentiment océanique ». On pourrait aussi parler –même si cela sonne un peu bizarre- de « dissolution qui détend, ouvre l’esprit et aide à comprendre ce qui est important ». Cependant, c’est sûr qu’il va s’agir de sortir de sa zone de confort, ce qui va nous aider à nous décentrer puisque l’on est tout à coup plus attentif à l’environnement extérieur. Au final, ce décentrage aboutit à un nouveau centrage sur soi-même, mais l’on est déjà changé.
Le voyage permet de casser des routines, souvent pour en retrouver d’autres (ou pas, mais c’est plus rare). A long terme, on sort de ces péripéties plus riche intérieurement, grandi d’avoir su gérer la prise de risque et l’ouverture à l’autre en apprivoisant sa peur de l’inconnu. L’autre et soi-même redéfinissent (parfois subtilement) leurs trajectoires, comme deux boules de billard qui s’entrechoquent puis repartent chacune de leur côté.



















